l'art et son sense dans l'histoire

August 04, 202610 min read

L'histoire de l'humanité est-elle racontée dans les livres ? Ce n'est pas tout à fait vrai. Les livres sont un outil pour stimuler la pensée, mais il existe des biens intangibles qui l'ont racontée et la racontent en transmettant leur sens caché, qui va bien au-delà de la chronique des faits et des événements, qui ne se limite pas à l'analyse sociale et sociologique, qui dépasse le compte rendu scientifique de notre évolution et qui révèle la valeur de l'être humain et de sa vie, tout en préservant son mystère. Ou, si vous préférez, sa sacralité.

Je ne parle pas de religion, mais de l'art, ou plutôt des arts. De tous les arts !

L'être humain, depuis l'aube de son histoire, en plus de s'occuper du développement de la technique qui, par exemple, lui a permis de maîtriser le feu, de tailler une pierre pour en faire une arme ou d'inventer la roue, a également fait des choses inutiles, comme peindre une main avec sa salive, ou une scène de chasse sur les parois des grottes où il se réfugiait. Le sens de ces travaux n'était pas de rendre plus confortable l'environnement. fait de roches et de pierrailles; on ne peignait pas les roches pour les embellir ou par ennui. Probablement, le sens de ces travaux était de célébrer la sacralité de la vie, d'écrire la mémoire du temps, non pas tant pour laisser une trace de leur passage dans l'histoire, mais pour créer un environnement où célébrer la ritualité de la vie.

L'homme des cavernes, lors d'une partie de chasse, risquait sa vie et, souvent, la perdait. Le face-à-face avec les bisons et les mammouths n'était pas un safari dans le Serengeti, mais une confrontation avec la fragilité de la vie où la mort faisait partie du jeu et où, en cas de défaite, toute la tribu serait en proie à la faim et à la souffrance.

Cette bataille, célébrée à Lascaux, Altamira et ailleurs, est racontée dans toute sa crudité. Les œuvres que nous pouvons admirer après des dizaines de millénaires ne sont pas de simples décorations payées par un mécène ou commandées par quelque pouvoir fort, mais sont le fruit de la créativité, et celle-ci allait au-delà des simples nécessités pratiques de la communauté.

Aujourd'hui, en contemplant ces œuvres, nous sommes inévitablement secoués par des frissons, non pas tant à cause de leur beauté ou de leur ancienneté, mais à cause du pouvoir de communication qui leur est inhérent.

Commençons donc par un mot-clé : communiquer !

La langue nous vient en aide : "cum" (avec) et "munus" (don, devoir/charge). Dans l'Antiquité, l'échange d'informations était vu comme un acte de réciprocité et le sens de "communauté" se consolidait en mettant à disposition un "don". Aujourd'hui, le sens du terme semble un peu terni, surtout parce que l'usage que l'on fait des moyens de communication est trivial et superficiel. Peut-être l'a-t-il été, parfois, dans l'Antiquité aussi, mais la vie était alors bien plus fragile et plus brève qu'aujourd'hui, on n'avait pas de temps à perdre en bêtises, on luttait pour survivre, donc tout terme de comparaison perd son sens.

Mais alors, pourquoi l'ont-ils fait, si cela ne servait à rien ?

Revenant à l'incipit de cet article, nous pouvons dire que ces œuvres racontent l'histoire, mais comment la racontent-elles ? Que communiquent-elles à des millénaires de distance ? Ce sont les premières formes d'art que nous connaissions, et elles sont "art" parce qu'elles disent "au-delà" du récit, car l'art peut être appelé ainsi s'il naît quand on fait quelque chose qui va au-delà des besoins primaires : l'art répond à un besoin profond et exprime quelque chose qui dépasse la chronique des temps. L'art est expression de vie !

Voici le point : la vie !

Dans l'histoire de l'art, nous sommes passés de ces graffitis à d'autres représentations, du tison au pinceau, du pinceau à la photographie, de la photographie à l'ordinateur et, enfin, à la recontextualisation d'objets, comme on le voit dans l'art conceptuel. Quels que soient les outils utilisés et la technique développée, l'art communique. Mais quoi ?

Hegel nous vient en aide quand il dit que l'art est "la première forme de l'Esprit Absolu". Son but n'est pas d'imiter, mais de révéler. Bref, "l'art rend visible et sensible l'Absolu (l'Idée)".

En d'autres termes, on pourrait dire que l'art n'est pas un simple récit de l'histoire, mais une représentation d'idées.

Venons-en donc au sens de cet article, à savoir comment on raconte ou on comprend l'"histoire" de l'humanité.

L'histoire est de l'eau passée, des choses écrites et documentées, parfois même inventées ou manipulées, cependant c'est de l'histoire et, comme telle, elle est un produit de la vie. Plus important encore : toute cette vie "passée" détermine ce que nous sommes aujourd'hui, c'est-à-dire que nous sommes le produit de l'histoire. C'est pourquoi, pour comprendre l'histoire, nous ne pouvons pas nous limiter au récit chronologique de faits réellement arrivés, car l'histoire est transmission de "valeurs", célébration de "sentiments", étude des "motivations", compréhension des "dynamiques" et autres choses du même genre... Bref, l'histoire se manifeste dans ce qui en témoigne, et l'art le fait.

Mais quoi, de l'histoire, l'art témoigne-t-il ?

On peut ici toucher à des aspects métaphysiques, parfois religieux. En effet, de nombreuses œuvres d'art, au fil du temps, ont servi à représenter le sacré, à inspirer crainte ou admiration ou, plus simplement, à raconter, par l'usage de symboles et de couleurs, des thèmes qu'on ne pourrait pas partager autrement.

Pensez au Moyen Âge : l'art était bidimensionnel non pas par régression des capacités créatives, mais parce que les codes de communication devaient se simplifier pour transmettre efficacement les valeurs représentées, et peut-être même de manière populaire. Au Moyen Âge, l'art est devenu aussi un instrument d'évangélisation, mais il contenait, dans la représentation de saints, d'ascètes ou de récits bibliques, non seulement la "crainte" de Dieu, mais la trace d'un cheminement spirituel : il parlait de Dieu et permettait de parler avec Dieu.

La valeur spirituelle de l'art était indiscutable. Nous parlons, cependant, d'une histoire ignorante, pauvre, guerroyante, une histoire de domination où la peur et les fléaux étaient le pain quotidien, une histoire faite de murailles et de sièges. L'art vivait dans les églises et les monastères, il était la représentation d'un chemin intérieur, il ne sortait pas du Temple. Du moins l'art qui nous est parvenu, car nous avons sûrement perdu beaucoup de choses et, surtout, nous savons bien peu de chose sur l'art du peuple.

Ensuite, l'art devient renaissant et continue d'évoluer jusqu'à nos jours. Mais le thème reste, en tout cas, celui-ci : sans l'art, on ne parlerait pas de "valeurs".

Je serai provocateur : les valeurs ne sont pas transmises par la foi ni par la religion, plutôt la religion les impose et les accepter est un acte de foi. Mais la foi ne se cultive pas dans la crainte du feu de l'enfer, mais dans la « stupeur » que l'on ressent devant les phénomènes de la vie.

Voici un autre mot qui mérite attention : "stupeur". Il vient de "stupere" et indique, à l'origine, une condition d'immobilité tant physique que mentale. La stupeur laisse sans voix, elle indique l'incapacité de réagir, comme si l'on vidait son esprit un instant et que l'on recommençait, juste après le moment où il se manifeste, à vivre. Mais différemment !

De l'expérience de la stupeur on sort muet, mais aussi enrichi.

À la stupeur on réagit souvent par des émotions, qui sont notre mécanisme de défense, mais si nous libérions notre être des parasites qui l'habitent et vivions l'expérience de la stupeur jusqu'au bout, au lieu de réagir par des émotions, nous entreprendrions le chemin profond qui nous mène à la connaissance de soi, c'est-à-dire que nous aurions commencé un travail de "méditation". D'un point de vue cognitif, méditer indique "avoir à l'esprit" (tenir à l'esprit), mais en même temps, "mederi" signifie soigner.

Bref, méditer, c'est prendre soin de soi, la méditation est une médecine de l'esprit et l'art, dès lors qu'il stimule la stupeur et invite à la méditation, a un pouvoir énorme dans le processus évolutif de l'individu et des communautés.

L'art, dans toutes ses représentations, à partir de ce que nous pouvons connaître (des graffitis rupestres jusqu'à aujourd'hui), communique l'histoire, mais cette histoire est racontée dans la capacité de prouver la « stupeur », de s'émerveiller, donc de générer une immobilité mentale ou physique, et de repartir de là, avec un bagage d'informations supplémentaires, fait de significations inexplicables autrement que par l'expérience elle-même. Et son contenu est spirituel, humain, génial, profond.

Les "valeurs", dans l'histoire, se perpétuent-elles par la foi et la religion ? En partie. Pour comprendre, voyons le sens du terme "religio" : "religare" indique le lien entre l'humain et le divin ; "relegere", pour Cicéron, signifie "parcourir avec soin et diligence les aspects du culte divin". Dans les deux cas, il manque ce que l'art parvient à faire, à savoir "évoquer", c'est-à-dire "ex" (hors de) et "vocare" (appeler).

Revenant à Hegel, qui rappelle que l'art n'imite pas mais révèle, et si "l'art rend visible et sensible l'Absolu (l'Idée)", voilà que son importance dans l'histoire devient disruptive car il ne se limite pas à décorer ou à représenter quelque chose, mais raconte ce qui nous anime et, surtout, rend évidente l'IDÉE.

Pardonnez-moi si c'est peu !

Dans l'art contemporain, hélas si peu connu et si peuplé de bibelots de peu de valeur, nous avons un problème, ou plutôt deux : 1) l'artiste est immergé dans le monde et dans sa recherche de reconnaissance ; souvent, il navigue à vue, il est distrait par des leurres et, au lieu de "créer" ou, simplement, de "semer des idées", il tend à complaire ou à se complaire ; 2) le public est dés-éduqué pour saisir la "stupeur", se contentant de célébrations carnavalesques comme certains festivals ou certaines expositions complaisantes ou avilissantes par le peu de recherche de profondeur artistique qui les caractérise. Cela vaut pour la musique, l'art visuel, la poésie, la littérature, le cinéma, etc.

Alors, comment en sortir ? Ou plutôt, comment retrouver la merveille, la stupeur, l'émerveillement, des valeurs merveilleux (qui sont propres des enfants) ? Comment stimuler la méditation, la pensée nouvelle, la génération et la culture d'idées encore non représentées ?

Ce que raconte l'art n'est pas une chronique, mais une transmission de valeurs, une génération d'émerveillement, une expérience méditative qui, au fil des siècles ou des millénaires, s'est perpétuée, ou du moins a tenté de le faire.

L'art raconte-t-il la faim et la peur ? Non, l'art te les fait ressentir et te donne envie de réagir. L'art raconte-t-il la chasse au mammouth ? Non, l'art te fait ressentir la fragilité de la vie et la lutte pour la survie. L'art raconte-t-il la grandeur des Médicis ? Non, l'art te fait ressentir le charisme et te transmet le froid de leurs âmes. L'art te fait-il voir le jugement universel ? Non, l'art te représente tel que tu es à l'intérieur et te fait peur pour ce que tu es et ce que tu fais.

Aujourd'hui, l'art, appauvri par les pratiques médiatiques, n'est pas mort, comme certains pourraient le penser, mais quand il se débarrassera des modes et des tendances, il manifestera sa lutte pour continuer à être ce qu'il est : une semence d'idées. Et cela sera, demain, une pensée collective, des valeurs humaines, une narration de notre fragilité et, peut-être, un générateur de "stupeur" et un stimulant pour une nouvelle méditation et, ainsi, régénération de ce besoin humain qui va au-delà de tout besoin pratique car, s'il est vrai que l'art est inutile, il est tout aussi vrai qu'il est indispensable, parce qu'il nous rend meilleurs !

Claudio Fiorentini

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claudio fiorentini

Claudio Fiorentini es escritor, poeta y pintor que se dedica a la promoción de las artes. Su experiencia internacional y su formación multicultural le permiten unir diferentes puntos de vista y comprender los polifacéticos hábitos y costumbres que constituyen el motor de la cultura contemporánea. La cultura es un cultivo mundial y se despliega en todos sus matices, siendo manifestación de nuestra humanidad. Su obra pictórica, mejor sería decir para-pictórica como él mismo ama definirla, es una continua búsqueda de formas de expresión abstracta, a través del uso de materiales pobres de diferente consistencia táctil. El tacto es, de hecho, la llave para comprender el sentido de su búsqueda de equilibrios, a partir de la manipulación del fondo, que solo cuando son apercibidos trascienden en pintura con el auxilio de los pinceles. Su obra ha sido expuesta en España, Italia, Francia, Luxemburgo, Turquía y Malta. Su obra literaria se resume en diez novelas, una colección de cuentos, siete poemarios, y un centenar de artículos de fondo publicados en diarios y en las redes. Ha traducido poetas y narradores hispanoamericanos y españoles y colabora con dos editoriales italianas. Por su actividad e promoción cultural ha sido premiado en el Spoleto Festival Art en 2014 y en al Premio all’Italianità de 2023, en el Círculo de Bellas Artes. Es coautor, junto con el poeta y filosofo Franco Campegiani, del Manifiesto Cultural “Il Bandolo”, firmado por más de cien artistas a nivel internacional. Actualmente vive en Madrid, donde dirige una galería de arte y centro de promoción cultural.

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